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Petit conte
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... de ma composition.

Il était une fois, dans un pays d’Orient proche du royaume de Shéhérazade, une grande amitié entre deux rois ; si pure et si pleine, si partagée, qu’elle faisait l’admiration de tous.
Les deux amis, Ne-Ru et Ru-Ne, étaient tellement proches que ce que l’un disait, l’autre le complétait. Ils ne pouvaient rien faire l’un sans l’autre. Toujours liés, presque siamois dans l’attitude, le Monde les citait en exemple, car leur force paraissait doublée par leur attachement, leur deux intelligences faisant corps étroitement.
Il advint que Ru-Ne tomba malade, laissant Ne-Ru seul dans le désarroi et l’affliction. Il tenta de soigner son ami, convoqua les meilleurs médecins, envoya des messagers courir le monde à la recherche d’un remède.
Il restait tellement préoccupé que l’administration du royaume en était négligée. Ne-Ru ne voulait pas abandonner son ami et le veillait chaque jour. Toute son attention se portait sur Ru-Ne, malade et alité.
Son conseiller, Haruman, vint le trouver un jour et lui parla en ces termes :
- « Roi Ne-Ru, le royaume dépérit, car vos ressources et votre intelligence sont toutes orientées dans un seul but, certes noble, mais hors de propos pour vos sujets. Ils cultivent, sèment, récoltent, mais en aveugles car votre soleil s’est éteint. »
Ne-Ru, apathique et exclusivement centré sur les besoins de son frère de cœur, parut ne rien entendre sur l’instant, mais sa tête entrait en conflit avec son cœur. L’amour de son Ru-Ne devait-il exister au prix du déclin, voire de la fin de son peuple ?
Le temps passa, le message du conseiller fit son office et Ne-Ru, assis au chevet de son ami, lui parla bientôt en ces termes :
- « Ô mon frère, ta maladie de langueur me paralyse et j’ai essayé tous les remèdes connus. Je me dois à notre peuple. Je t’aime toujours autant, mais je dois maintenant songer à l’avenir du royaume, que nous ne voyions plus dans notre isolement. »
Ru-Ne resta immobile et silencieux. Aucun signe n’émanait de son corps figé.
Ne-Ru soupira et sortit. La blessure était vive, bien trop forte à son goût, car il se devait d’être plein et entier pour faire face aux affaires de l’État, seul pour la première fois.
Haruman le guida, le soutint bien efficacement et autant qu’il le put, mais un vide demeurait en son cœur.
Il se prit à songer à l’avenir sans son ami, à la succession du royaume, et tomba amoureux de Sheela, une jeune femme venue du royaume voisin, en visite.
Elle ne promettait aucune alliance fortunée, mais sa fraîcheur et sa mine soignée, son esprit fin et cultivé, charmèrent le roi. Il lui proposa le mariage, qu’elle accepta.
Pendant ce temps, Ru-Ne, sortait peu à peu de son apathie, et vit que son ami lui rendait visite moins souvent qu’au tout début de sa convalescence, qu’il devenait distant, qu’il se séparait de lui, son frère, son jumeau d’âme et de cœur ! Tout d’abord il pensait rêver, puis la réalité prit sa place. Il constata graduellement que les choses avaient changé, que leur lien si fort était brisé.
Ru-Ne devint jaloux, il guetta son ami dans les jardins, persuadé d’avoir été remplacé.
Cette idée ne tarda pas à empoisonner son cœur. Il suspecta tout le monde, agaça les ministres et le conseiller Haruman, jusqu’au moment où il découvrit l’existence de Sheela.
Rage, tempête, colère !, scènes ! Tout y passa…
- « Je vais mourir puisque je ne suis plus rien pour toi », dit il à un Ne-Ru catastrophé qui pensait pourtant l’avoir ménagé en lui parlant de longues heures du royaume et de la douce Sheela lorsqu’il était à son chevet. Mais Ru-Ne n’avait rien entendu, trop préoccupé par sa propre douleur, la douleur d’avoir perdu son double, son jumeau, son complément.
Sheela eut vent de la situation, car toute Cour royale est un petit monde. Haruman ne savait plus comment aider ses maîtres, et Sheela voyait bien que Nu-Re devenait chaque jour plus renfermé depuis le réveil de Ru-Ne.
Le conseiller et la future reine conversèrent et parvinrent à s’entendre : il fallait un rituel d’achèvement et de séparation pour les deux frères de cœur.
Ils décidèrent de monter un court spectacle à l’intention des deux princes.
Les préparatifs terminés, Ne-Ru et Ru-Ne furent invités.
Sheela leur dit : « j’ai quelque chose à vous montrer qui requiert votre attention. »
Intrigué, Ne-Ru s’assit et attendit calmement. Il faisait confiance à sa bien-aimée.
Ru-Ne était nerveux et s’agitait constamment.
Il s’exclama :
- « C’est un piège, cette femme est une sorcière ! »
Ne-Ru lui rétorqua d’un ton doux :
- « Je l’aime et lui fais confiance, ne peux-tu faire de même, mon frère ? »
Ru-Ne explosa :
- « Non ! Elle t’a détourné de moi et je ne peux le supporter ! »
Ne-Ru ne répondit rien, mais regarda son ami avec une grande douceur.
Sheela soupira. Haruman s’exprima à son tour :
- « Messire Ru-Ne, écoutez ce spectacle, il a pour but de vous distraire et de vous divertir. »
Ru-Ne soupira bruyamment. Il avait toujours écouté le conseiller et il se fiait à sa parole. Il s’assit, tendu et concentré.
Sheela dansa, la musique lente accompagnait le cliquetis de ses bracelets, en douceur.
Haruman chanta. Puis tout s’arrêta.
Haruman émit une note pure, un LA parfait, qui s’éleva jusqu’au ciel. Ru-Ne cria de douleur. Le FA qui suivit lui troua la poitrine, le DO le cloua au sol.
Ne-Ru vint à lui et le soutint en le prenant dans ses bras. D’une voix douce, Sheela chanta :
« Celui qui est seul est vide
Celui qui vit présent à lui-même est plein
Être seul est un état permanent
La solitude est une douleur quand on ne le sait pas
Amour, ami, plénitude
Partage et compréhension
Aujourd’hui unique et complet
L’autre et le différent
Sont enfin reçus et acceptés
L’heure est venue
Le choix est fait
L’Amour et l’amitié n’enlèvent rien l’un à l’autre
Tous seront aimés
Hors l’amertume et les regrets du passé.
Joies hors d’atteinte au cœur blessé
Guéris, Ru-Ne, et reviens-nous ! »
Ru-Ne tremblait de tous ses membres entre les bras de son ami.
Son corps, sa tête et son cœur rentraient en harmonie. La compréhension, enfin, se faisait jour en lui. Il pleura et demanda à se retirer.
Ne-Ru embrassa Sheela et remercia Haruman. Ru-Ne reprit des forces et put bientôt assister Ne-Ru dans l’administration du royaume.
Le mariage de Ne-Ru et Sheela fut l’un des plus beaux jamais célébrés dans le chant et la danse.
Haruman et Ru-Ne, complices, officiaient ce jour là. Ils attachèrent un singe à la queue de l’éléphant qui emmenait le couple en voyage de noces…
Ecrit par liriell, le Jeudi 3 Janvier 2008, 20:36 dans la rubrique "Textes".
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